Immobilier
Donner un bien immobilier à ses enfants au Maroc : la donation (hiba) expliquée
Forme de l’acte, prise de possession, inscription au titre foncier, donation pendant la dernière maladie, révocation, fiscalité, protection des filles et du conjoint : les règles à connaître avant de donner un bien au Maroc.

Beaucoup de parents souhaitent organiser de leur vivant la transmission de leur maison, de leur appartement ou de leur terrain : pour éviter une indivision conflictuelle, aider un enfant à s’installer, protéger une fille ou un conjoint, ou simplement préparer l’avenir. Au Maroc, l’outil le plus utilisé est la donation, appelée hiba. Elle obéit à des règles strictes : une donation mal faite peut être annulée, parfois des années plus tard, au détriment de celui qu’on voulait protéger.
Ce qu’est une donation
La donation est l’acte par lequel une personne transfère gratuitement la propriété d’un bien à une autre, de son vivant. Elle est régie, pour les immeubles, par le Code des droits réels. Elle doit être acceptée par le donataire et porter sur un bien déterminé, appartenant réellement au donateur.
Une forme obligatoire
La donation d’un bien immobilier doit être établie par acte authentique : devant un notaire ou des adouls, ou par un avocat habilité dans les conditions prévues par la loi. Une simple reconnaissance sous seing privé ne suffit pas.
La prise de possession : une condition essentielle
En droit marocain, la donation n’est parfaite que si le donataire prend possession du bien. Si le donateur décède, ou tombe dans certaines situations prévues par la loi, avant cette prise de possession, la donation peut être annulée. Pour un bien titré, l’inscription de la donation sur le titre foncier à la conservation foncière joue un rôle déterminant. D’où l’importance d’accomplir toutes les formalités rapidement après la signature, plutôt que de « garder l’acte dans un tiroir ». Voir titre foncier ou terrain melk.
La donation pendant la dernière maladie
Une donation consentie par une personne atteinte de la maladie dont elle va mourir est traitée comme un legs : elle n’est valable que dans la limite du tiers des biens et, en principe, ne peut bénéficier à un héritier sans l’accord des autres. Une donation faite tardivement, dans l’urgence, est donc fragile. Mieux vaut l’organiser pendant que l’on est en bonne santé.
Peut-on revenir sur une donation ?
La donation est en principe irrévocable. La loi permet toutefois, dans des cas limités, au père ou à la mère de revenir sur une donation faite à son enfant, sauf lorsque certaines circonstances l’en empêchent, par exemple si l’enfant s’est marié ou a contracté des engagements en considération de la donation. Ces règles doivent être examinées au cas par cas.
Donation et héritage : protéger sans tricher
Les règles successorales fixent des parts que le testament ne peut pas modifier au profit d’un héritier. La donation entre vifs, lorsqu’elle est réelle, est un moyen légal de transmettre un bien à un enfant, à une fille ou au conjoint. En revanche, une fausse vente destinée à déguiser une donation, ou une donation fictive où le donateur continue de se comporter en propriétaire, s’expose à une contestation par les autres héritiers. La transparence et le respect des formes sont la meilleure protection. Pour comprendre le partage, lisez l’héritage et le partage au Maroc.
La fiscalité
Les donations entre proches (ascendants, descendants, conjoints, frères et sœurs) bénéficient d’un régime fiscal favorable en matière de droits d’enregistrement, et d’un traitement particulier au regard de l’impôt sur les profits immobiliers. Les règles et taux évoluent avec les lois de finances : vérifiez la situation au moment de l’acte.
Les MRE et les biens au Maroc
Les Marocains résidant à l’étranger peuvent donner un bien situé au Maroc, ou le recevoir, y compris par procuration. Il faut alors veiller à la forme de la procuration et à la loi applicable, notamment pour les binationaux. Voir gérer une affaire au Maroc à distance.
Exemple concret
Un père d’Inezgane souhaite donner un appartement titré à sa fille, tout en conservant de bonnes relations avec ses fils. Avec son avocat, il fait établir un acte authentique, informe ses autres enfants, fait inscrire immédiatement la donation sur le titre foncier et remet les clés à sa fille, qui s’y installe. Des années plus tard, à son décès, les autres héritiers ne peuvent pas remettre en cause une donation régulière et effective. Cet exemple simplifié montre que la forme, la prise de possession et la transparence font la solidité d’une donation.
L’essentiel à retenir
- La donation d’un immeuble se fait par acte authentique.
- Sans prise de possession, la donation peut être annulée : faites-la inscrire sans tarder sur le titre foncier.
- Une donation faite pendant la dernière maladie est traitée comme un legs.
- Une donation réelle est un moyen légal de protéger un enfant ou un conjoint ; une donation fictive est contestable.
Questions fréquentes
Peut-on donner un bien tout en continuant à l’habiter ?
Certaines formules permettent d’organiser l’occupation du bien, mais elles doivent être compatibles avec l’exigence de prise de possession. Elles demandent une rédaction très soignée.
Une donation peut-elle porter sur un bien non titré ?
Oui, mais la preuve de la propriété et de la prise de possession est alors plus délicate ; l’immatriculation préalable est souvent conseillée.
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